DÉNOMINATION
Destination
HôpitalHISTORIQUE
Période
19e siècleAnnée(s) de réalisation
1825Commanditaire(s)
Ville de Bordeaux Hospices de BordeauxConcepteur(s)
Jean Burguet Alexis RochéPROTECTION(S)
Plan Local d'Urbanisme
A GRANDS TRAITS
L’ancien hôpital médiéval de Bordeaux étant devenu vétuste, la décision de construire un nouvel hôpital moderne est prise en 1819 grâce à un don de 50 000 francs du petit-fils du duc de Richelieu. Le nouvel établissement est édifié en face du palais de justice, sur d’autres terrains, et l’ancien hôpital sera finalement démoli entre 1854 et 1859.
Après un concours d’architecture, Jean Burguet réalise les plans définitifs (1825) et les travaux durent de 1826 à 1829. L’hôpital est conçu selon les principes médicaux modernes : séparation des malades pour éviter les contagions, aération par des cours, distinction hommes/femmes et organisation rationnelle des circulations, de l’eau et de l’hygiène. Il comprend aussi de nombreuses annexes (pharmacie, bains, cuisines, amphithéâtre, morgue…), annonçant les hôpitaux modernes du XIXᵉ siècle.
Le bâtiment est conservé mais transformé au fil du temps ; en 1878, la caserne Saint-Raphaël est annexée pour accueillir la faculté de médecine et de pharmacie. L’hôpital s’inscrit dans un ensemble d’édifices publics inspirés d’une architecture rationnelle et hygiéniste, dont l’efficacité est démontrée lors de l’épidémie de choléra de 1832.
Construit sur d’anciens terrains religieux et militaires, il participe à la transformation urbaine du quartier Sainte-Eulalie et forme, face au palais de justice, une place monumentale symbolisant la modernité municipale. Il devient le centre d’un îlot entièrement dédié aux activités médicales, complété au XXᵉ siècle par une clinique chirurgicale.
Hôpital central cherche paternité architecturale
"Médecins et architectes s'étaient préoccupés depuis 1789 des conditions favorables d'hygiène, et Combes [Louis, architecte], s'était acharné à proposer des solutions dont Burguet s'inspire" (Higounet Charles, Bordeaux au XIXe siècle, 1969, p. 522).
Sur ce point, un nombre très important de dessins et d'études préparatoires de Louis Combes nous sont parvenus concernant la création d'un hôpital à Bordeaux.
"Enfin, l'hôpital Saint-André, construit par Jean Burguet, de 1826 à 1829, et l'hospice général de Pellegrin, encore inachevé, n'ont-ils pas été prévus, en 1782, par Lartigue [Jean-Baptiste, architecte], dans son Projet d'Hôtel-Dieu ou d'Hôpital général pour Bordeaux, accompagné d'un mémoire explicatif ?" (Marionneau Charles, Les salons bordelais, 1884, p. 161).
Là encore, Burguet est annoncé comme simple repreneur d'idées de ses prédécesseurs malheureux. Pourtant, en 1842, la commission des hospices juge bon de commémorer, par une plaque de marbre - toujours en place sur le mur intérieur de la galerie nord -, les noms de ceux ayant contribué à la création de l'hôpital Saint-André. On peut y lire notamment :
"En 1826, la construction commença sur les plans et sous la direction de M. J. Burguet, architecte, couronné au concours ; inspecteur des travaux, M. Roché ; entrepreneurs, MM. Gabaud et Lalanne.
Concurrents distingués par le jury du concours, MM. Marchebeus, Poitevin et Robert, architectes".
Il est assez rare pour le signaler, de voir figurer sur ce type de plaque commémorative les noms des architectes déçus. Quoiqu'il en soit, cette démarche intervient quelques années après une querelle entre Jean Burguet et Jean-Baptiste Marchebeus. Le second accusant le premier de plagiat, Burguet lave son honneur salit par voie de presse. Il écrit dans L'indicateur du 27 décembre 1831 :
"Mes plans, les mémoires qui les accompagnaient, le prononcé du jury, tout sera mis sous les yeux des artistes et de nos concitoyens. Ils jugeront, Messieurs, si vous n'avez couronné qu'un plagiaire, et si le nom de M. Marchebeus mérite d'autre distinction que celle que vous lui assignâtes. [...] En terminant, j'aurai l'honneur de vous faire observer, Messieurs, que la prétention de M. Marchebeus lui est venue assez tardivement. Il a fait plusieurs voyages à Bordeaux depuis la construction de l'hôpital, et la gravure de mes plans a paru, il y a près de deux ans, dans le recueil publié par le conseil des bâtimens".
En 1835, l'affaire est portée devant la justice. Qui est le père de cet hôpital ?