Place des Capucins

CRÉÉ LE 16/06/2026
1 Place des capucins -  Bordeaux
CONTRIBUTION VÉRIFIÉE
38
Place des capucins en 2005
Restitution de la Place des capucins par Léo Drouyn vers 1870

DÉNOMINATION

Bâti Urbanisme/Voirie Édifice commercial/artisanal Domaine (habitat, dépendance, paysage)
Non bâti Lié au paysage (Place ou voie plantées)

Destination

Place

HISTORIQUE

Année(s) de réalisation

1744

Commanditaire(s)

Ville de Bordeaux – Louis Urbain Aubert, marquis de Tourny, intendant de Guyenne

Concepteur(s)

Montégut (ingénieur), Jean Alary (maître-architecte)
Consultez la source de l’iconographie en affichant l’image en plein écran.

A GRANDS TRAITS

Formation et origines de la place et de la porte des Capucins jusqu’à la Révolution

La construction d’une nouvelle porte de ville entre Sainte-Croix et la place d’Aquitaine fut souhaitée par l’intendant Tourny ; afin de dynamiser ce quartier quelque peu désert, populaire et insalubre, une place et de nouvelles rues furent aménagées. Les plans de la porte des Capucins (détruite en 1882) furent donnés par l’ingénieur Montégut  (27 11 1743) et acceptés par la jurade de Bordeaux dans une délibération du 24 01 1744, qui traça aussi la place et les rues adjacentes. La nouvelle porte fut désignée sous le nom de porte Neuve ; les plans de Montaigut auraient été guidés par l’avis de Gabriel, imposé par Tourny. Elle fut implantée à l’emplacement d’une ancienne porte, la porte de l’Ormée, démolie par ordre des jurats le 23 04 1744.

Après l’adjudication du 6 07 1744, le 17 août, le maître-architecte Jean Alary fut désigné adjudicataire de la construction de la porte et il s’engagea à bâtir de part et d’autre de la petite place au devant de la porte (place intérieure des Capucins) cinq maisons « en se conformant quant aux façades à l’uniforme prescrit par le plan d’aliénation ». Certaines existent encore avec leur rez-de-chaussée  à arcades en anse de panier surmonté d’un bel étage prenant jour par une baie en arc segmentaire et d’une « mansarde en ardoise et un faux comble en tuiles creuses » (Taillard).

De la même façon une architecture uniforme était prévue pour la place du marché aux bœufs. Mais elle fut fort mal réalisée, sans doute en raison du prix des terrains qui témoigne que cette opération n’attira guère les spéculateurs, à l’instar de la place d’Aquitaine.

DANS LE DÉTAIL

L’ouverture de la place intérieure des Capucins et la démolition de la porte

Le dégagement de la place intérieure s’effectue en deux temps. On prévoit d’abord, en été 1864, de dégager les bas-côtés de la porte en ouvrant sur chaque côté un passage. Les maisons mitoyennes, très modestes, étaient composées d’un rez-de-chaussée sur cave, d’un entresol très bas (1.6 m) et d’un étage. Deux magasins ouvraient en bas, ainsi qu’un cabinet. L’escalier étroit, d’une seule volée, menait au premier. L’entresol présentait deux pièces planchéiées quasi inhabitables et le premier, une chambre et une cuisine. L’état de vétusté de ces constructions justifia qu’on les démolit. Au 56 ouest, une porte avait été percée dans l’ancien mur de la ville, bien visible sur le plan et le devis qu’en dressa Burguet en 1862.

La porte des Capucins fut d’abord conservée par une délibération du 16 mars 1863. Bien que de peu d’intérêt architectural en elle-même, elle participait à la composition de la place et masquait les défauts d’alignement des rues Clare et du Maucaillou. On en restaura même en août 1869, la voûte centrale.

On trouve dans une pétition des habitants (non datée) : « La porte des Capucins est dégagée… Cette masse informe, lourde, écrasée, sans style, est maintenant isolée, présentant à tous les regards, sur toutes ses faces, ses pierres minées de salpêtre, ses lézardes béantes, entablemens latéraux cintrés par la poussée des voutes intérieures et faisant surplomber de 30 cm sur la voie publique les murs qui supportent sa façade nord… »

En réalité, on n’avait pas mis en valeur cette porte, on en avait montré la laideur, et la nécessité de la supprimer entièrement, ce qui attendit encore quelques années : les études furent engagées en 1876 et réalisée en 1882. Cette porte était un obstacle à la circulation de plus en plus active du quartier.

Les transformations des façades au XIXe siècle

Les projets furent très nombreux au XIXe siècle afin de redonner à cette place une uniformité qu’elle n’avait jamais eu et qu’elle n’aura jamais. Au bout du compte, on abandonna en 1897 l’obligation d’établir des façades uniformes sur cette place car la vaste emprise des halles métalliques des Capucins masquait la vue d’ensemble sur cette composition.

Les côtés est, sud et ouest (disparu) de la place des Capucins furent l’objet d’un nouveau programme à façade uniforme dressé par l’architecte municipal Charles Burguet en date du 11 mai 1859 suite à une délibération du 21 février. D’un dessin fort simple, ces façades de deux étages se dressaient sur un rez-de-chaussée à refends marqué de baies en arc segmentaire. L’étage noble, à la hauteur canonique de 3.66 m, présentait des baies droites soulignées par un chambranle mouluré. Le second, séparé du premier par un cordon, présentait pour sa part des baies en arc segmentaire sur 3 m de hauteur. On notera le dessin des ferronneries, imposé lui aussi.

Dans les faits, ces trois côtés de la place ne présentent pas moins de trois types de façades différentes : celle sus citée (par exemple au n°32 ou au 18), une autre dont les baies de rez-de-chaussée sont marquées de travées inégales et les baies du second étage soulignées par un bandeau continu en arc segmentaire et une génoise à deux rangs (voir par exemple le n°17) ; une troisième solution enfin a consisté parfois à surélever les deux étages d’un attique ou d’une mansarde avec des lucarnes cintrées (voir par exemple le n° 32 surélevé en 1864 par l’architecte Ed. Mascaras).

Un relevé des façades du 31 au 36, sur le côté sud de la place, nous montre leur état en 1865 (Estelle entrepreneur), avant transformation.

Les transformations majeures des façades s’observent sur le côté nord de la place extérieure des Capucins, à sa jonction avec l’ancienne place intérieure : aux numéros 1, 2, 3, 4, 5, 6 et du 51 au 56.  Ce projet de reconstruction est dû là encore à Charles Burguet (sur une esquisse de l’architecte J. Mondet de janvier 1862) Burguet donne un plan de façade très élégant au début de l’année 1863. Il conserve un registre rocaille qu’il adapte au registre éclectique avec beaucoup de raffinement. Le second étage est surmonté d’une balustrade et d’une mansarde aux œil de bœuf de zinc décorés. Le détail des balustres, bandeau, toitures et lucarnes est donné par l’architecte à l’échelle 1, comme le profil des chambranles et les entablements (Antoine Gautier, maire de Bordeaux, à Burguet, 5 mai 1859). 

Les fonctions marchandes et commerçantes de cette place

 On croit à tort que la place des Capucins, mentionnée place du marché aux Veaux sur le plan de Lattré de 1755, accueillit un marché dès cette époque, car, en l’an V, ce marché se tenait encore sur les cales de la Monnaie.

Les transformations dues à l’activité marchande du lieu sont nombreuses et concernent essentiellement les rez-de-chaussée et les devantures des magasins. Un projet de Burguet visait à établir des devantures uniformes (adopté en conseil municipal les 16 mars et 15 mai 1863). De fait, de nombreuses autorisations de voirie sont refusées par le service municipal dans les années 1869-1873 (AMB, 116 O 2).

L’installation de devanture, si elle dénature entièrement l’architecture des rez-de-chaussée, peut s’avérer d’une bonne facture si elle est bien maîtrisée. On le voit par exemple au n° 17, où les deux travées du rez-de-chaussée sont recomposées et soutenu par un poitrail métallique au-devant duquel on plaque une vitrine en bois dont le coffre supérieur contient le volet roulant du magasin. Dans un deuxième temps (en 1920) une marquis vient agrémenter ce rez-de-chaussée commercial afin d’abriter les clients.

Les témoignages de l’activité marchande et commerçante du quartier sont très nombreux. On sait aussi que ce lieu de fête, et parfois de déperdition, abritait de nombreux restaurants et cafés comme la très grande brasserie chez Maxence (au 41 bis) dessinée par l’architecte L. Gérard en 1934, ou encore le célèbre Rodez, au 22, dont l’architecte demeure inconnu mais la façade de céramique et l’enseigne, fort réputée depuis 1922

LOCALISATION

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