DÉNOMINATION
HISTORIQUE
Période
XXe siècleAnnée(s) de réalisation
1969Commanditaire(s)
René Cornillier SA (constructeur / promoteur) René Guibaut (conseiller du bâtiment)Concepteur(s)
Agence d'architecture Andrault et ParatPROTECTION(S)
Autre(s)
Label architecture contemporaine remarquable (ACR)A GRANDS TRAITS
Les premiers immeubles de la résidence Liotard sont livrés à partir de 1969. L'agence d'architectes parisiens Andrault et Parat signe un premier plan de masse dès 1961 mais les plans définitifs ne sont adoptés qu'en 1964. Les travaux débutent en 1967 et s'achèvent de 1969 à 1973.
L'ensemble est composé de 208 logements répartis dans les 5 groupes de 4 tours d'habitation, dont les niveaux diffèrent pour éviter la monotonie. L'horizontalité est mise en avant grâce aux lignes des garde-corps des balcons.
Un supermarché, mis sur plan dès le début des années 1960, enchâsse le bâtiment A côté boulevard ; un parc agrémenté de grands arbres complète cette belle réalisation.
DANS LE DÉTAIL
Au cours des années 1960, le promoteur lyonnais René Cornillier a une solide réputation de constructeur dans l'agglomération bordelaise. Son agence, basée avenue des Frères Robinson à Mérignac, se situe là où il fait construire l'une des opérations les plus remarquables des grands ensembles en 1966 : la résidence du Parc de Capeyron par l'équipe d'architectes bordelais Salier Courtois Lajus Sadirac.
Pour la résidence Liotard, il s'associe avec René Guibaut, qui assure la direction technique depuis son agence à Caudéran. Les appartements sont d'un grand standing malgré les plafonds HLM imposés pour recevoir les aides de l'État.
En juin 2026, la résidence est distinguée par le label architecture contemporaine remarquable (ACR).
Une parcelle convoitée
Une cité du film (1949)
La parcelle sur laquelle s'implante l'ensemble immobilier est à l'origine un domaine de campagne appelé Guillot. Après des ventes successives au début du XXe siècle, il est prévu après la seconde Guerre Mondiale d'y élever la future cité du film. Le terrain est mis à disposition par le propriétaire Gérard Marassé et le projet fait l'objet d'un permis de construire, sur les plans de l'architecte bordelais Raoul Jourde (1948). Élus et habitants de la ville voisine de Bègles s'opposent à la future cité, objectant les risques d'incendie et surtout la réservation de la parcelle pour un parc public comme stipulé dans les documents d'urbanisme. L'abandon du projet se fait sur la base de ces deux considérations.
Une cité de 293 logements (1960)
Le second projet d'aménagement est la réalisation d'un ensemble de trois blocs d'habitations et d'un parc public, sur les plans des architectes bordelais Raymond Mothe et Jacques Touzin pour le compte de la Caisse interprofessionnelle d'investissement à la construction et du propriétaire Gérard Marassé. Malgré un accord préalable de l'administration, aucune suite n'est donnée.
Un ensemble de 280 logements (1961)
Toujours pour le compte du même propriétaire, un nouveau projet de 266 logements économiques est mis au point par l'ingénieur-constructeur René Guibaut, déjà connu pour des résidences d'importance à Nice et à Bordeaux (résidences les Frênes en 1958 et Voltaire en 1961). Il obtient une dérogation municipale pour dépasser les 20 mètres maximum autorisés, en l'occurrence élever l'une de ses tours à plus de 52 mètres de hauteur. Le nombre de logements passe à 280 répartis en 4 blocs d'habitation mais le projet est ajourné en raison de l'abattage d'arbres du parc. Pour palier à ces problématiques, René Guibaut s'associe avec René Cornillier en novembre 1961. C'est probablement lui qui propose le renfort des architectes parisiens Andrault & Parat, habitués des projets contraints. Ils proposent de conserver la quasi totalité du parc en construisant sur la partie la moins végétalisée de la parcelle. Ainsi, même les appartements les plus hauts pourront bénéficier de vues sur les grands arbres.
Pourquoi Liotard ?
La résidence prend le nom de l'explorateur Louis Liotard (1904-1940), assassiné lors d'une mission en Chine en 1940. Son ami et chef de mission André Guibaut (1913-1966) se tire de justesse du guet-apens tendu par des brigands grâce à l'entremise d'un haut religieux tibétain. Avant cette fatale expédition, les deux hommes s'étaient taillé une solide réputation, notamment après plusieurs missions en Asie (1936-1937). André Guibaut, ethnologue de formation, est aussi le petit frère de René, le constructeur de la résidence. En la baptisant Liotard, René Guibaut rend un hommage à l'explorateur et ami de son frère et prolonge le souvenir des grandes expéditions françaises en Asie dans l'entre-deux-guerres.